Un jour en la vie

This “vision” is one of the 30+ that we’ll publish here in the next months. Most of them will go into Life Plus 2 Meters, Volume 2 (expected publication: Dec 2017). We hope that you will comment on the message, suggest ways to sharpen the narrative, and tell us how the story affects your understanding of adapting to climate change.

Most importantly, we hope that you enjoy reading these stories and share them with your friends and family. —David Zetland (editor) and the authors


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Joseph s’aplatit sur le sol, et le coup porté par le Chef des Pillards le manqua. Il fit une roulade, attrapa le pistolet qu’il avait perdu plus tôt dans le combat et se retourna pour affronter le bandit. Il était toujours en train d’essayer de sortir sa hache de guerre du tronc blanchi de l’arbre more. «Rends-toi, ordure. » Le bandit lui lança un regard de haine pure et tendit la main vers le révolver à sa ceinture, mais Joseph fut plus rapide. Une détonation déchira l’air, et le Chef s’effondra. Le Cimetière fut silencieux de nouveau. Lentement, Joseph claudiqua jusqu’au corps de Neema. Il retira sa gourde de la main inerte de la femme qui l’avait mené dans cet endroit impie. « Adieu, bébé ». Sans se retourner, il enfourcha sa moto, lança le moteur et s’en alla vers le soleil couchant, laissant le Cimetière profané derrière lui.

Joseph posa son crayon et s’étira. Il adorait écrire ses histoires, mais il s’en sortait toujours avec une main endolorie. Il ferma son cahier et le mit dans son sac. Il commençait à faire chaud sous la tente, ce qui signifiait que le matin était déjà bien avance. Il était temps d’aller chercher de l’eau.

Il sortir de la tente, et ses yeux s’emplirent de larmes en réaction à la lumière brûlante. Les deux bidons standards étaient posés à l’entrée de la tente, vide. Il les attrapa et commença à marcher à travers le camp. Après quinze minutes de marche, il arriva à la queue. Mauvais signe. Si la queue s’étendait jusqu’ici, ça allait être une longue attente. Il connaissait de vue la femme devant lui. Il la salua poliment, et lui demanda si elle pouvait lui garder sa place et ses bidons le temps qu’il aille voir à l’avant jusqu’où s’étendait la queue. Elle accepta. Il vérifia rapidement que le nom de sa mère et le sien était toujours bien lisible sur les bidons, puis partit.

La queue était longue, mais droite. Le camion de distribution d’eau n’était pas présent au début de la queue. La distribution n’avait pas encore commencé, ce qui expliquait la longueur de la file. Les soldats du HCR étaient cependant déjà présents, avec leur armure et leurs armes. Ils étaient toujours là pour surveiller la distribution d’eau, et vérifier que personne ne tentait de s’attribuer plus d’eau que leur quotas.

Il rebroussa chemin le long de la file, en réfléchissant à comment il pourrait intégrer les gardes dans l’une de ses histoires. Une milice protégeant une cité avec une réserve d’eau souterraine, peut-être ? Il était arrivé là où il avait laissé ses bidons. «Le camion n’est pas encore arrivé, mama.» La femme acquiesça. Il espérait que le camion serait bientôt là. Depuis qu’il était dans le camp, il n’y avait eu que deux jours où les camions de distribution n’étaient pas venus. Ça n’avait pas été des bons jours. Il empila ses bidons et s’assit dessus. Derrière lui, la file continuait de grandir. Il se rappelait de quand il n’y avait pas besoin de camions de distribution d’eau dans le camp. Quand ils étaient arrivés avec sa mère, il y avait un puits qui fournissait l’eau au camp. On lui avait dit que le camp avait été construit ici précisément pour le puits. Puis il s’était tari.

Il avait souvent pensé que Dieu avait un étrange sens de l’humour. Ils avaient quitté leur village à côté de la mer à cause des inondations, parce qu’il y avait trop d’eau. Et maintenant ils n’avaient pas assez d’eau. Oui, un étrange sens de l’humour.

Joseph ne se rappelait pas bien du village, il était trop petit quand ils avaient dû partir. Mais il se rappelait de la mer. Même s’il avait du mal à y croire. Autant d’eau. Le Pays de la Mer était l’endroit où le Joseph dans ses histoires tentait de retourner. Un endroit loin des Terres Désolées. Au delà des barbelés qui entouraient le camp. Il y avait de l’agitation dans la file. Les camions étaient enfin arrivés.

La queue avança, lentement. Joseph empoigna ses bidons. Un peu plus d’une heure passa. Enfin, ce fut son tour. Un des gardes scanna sa puce d’identité, puis celle de sa mère. Il lui fit signe de remplir les bidons. Joseph but quelques gorgées directement au robinet. C’était toléré, et sa mère lui avait dit de toujours le faire. Il le faisait donc, consciencieusement. Puis il transporta les bidons jusqu’à l’endroit où sa mère avait installé son échoppe. Il devait lui donner les bidons pour qu’elle puisse utiliser l’eau pour cuisiner, puis il aurait le droit d’aller jouer. Peut-être qu’aujourd’hui Neema le laisserait rejoindre son groupe. Ça n’avait pas été très gentil de sa part de la tuer. Peut-être pourrait-il changer la fin de son épisode ? Peut-être qu’elle et Joseph pourrait partir en moto ensemble vers le Pays De La Mer?


Aurélien Puiseux est un écologue français. Il travaille sur le changement climatique, la biodiversité, les forêts urbaines et les ressources en eau. Il travaille actuellement chez Total.

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